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jeudi 19 janvier 2012

La mouche

- Le grand jour est arrivé, se dit la
   mouche. Aujourd'hui, je vais me
   baigner.

C'était un matin délicieux, et la
mouche était très, mais alors très
contente.

- Quel grand bain je vais prendre !
   ajouta-t-elle.

Elle avait tout ce dont une mouche peut
avoir besoin : un sac, un peu de crème
bronzante, une serviette et un ballon.
C'était parfait ! D'abord, avec une
patte, puis une autre, et encore une
autre, jusqu'à oser, finalement, de
toutes ses petites pattes. L'eau était tiède comme elle l'aimait. Alors elle y plongea, résolument. Puis, tout en se baignant, elle commença de fredonner sa chanson préférée.

Elle chantait, dansait et sautait... Elle était la mouche la plus heureuse du
monde ! Mais, soudain, le ciel se couvrit, s'obscurcit. C'était comme si
la nuit tombait d'un seul coup. Mais il n'y avait ni lune ni étoiles. La mouche
s'immobilisa, les sens en alerte. Un son assourdissant fit trembler ses ailes.
Puis un autre bruit, et encore un autre. Chaque fois plus intense.

- On dirait qu'une tempête approche, murmura la mouche.
   Pourquoi n'ai-je pas pris mon parapluie ? se dit-elle
   tout en regardant vers le haut.

Et, là, elle vit quelque chose de terrible. Quelque chose de
grand, de très grand, d'énorme, comme un stade de
football... Et qui se dirigeait droit vers elle. La météorite
se fracassa dans l'eau, provoquant des vagues
gigantesques. La mouche essaya de s'échapper, mais ses
ailes étaient toutes mouillées... Elle était prise dans un
puissant tourbillon qui aspirait tout.

C'était la fin. Non ! De justesse, elle réussit finalement à
séchapper, en volant comme une aile delta. Quelques instants après, on entendit une voix qui criait :

- Maman, maman ! J'ai fini.

Horrifiée, très en colère, la mouche jura que plus jamais elle n'irait se baigner.
Parce que se baigner peut être très, oui, vraiment très dangereux.

dimanche 15 janvier 2012

Crocodébile

Un bébé ! Mais quel mouche a piqué les parents de Léo, ce jour-là ?
Pourtant c'est un enfant très sage, un enfant parfait, un
enfant unique ! Alors vraiment, pourquoi en faire un
autre ? Un bébé, quelle idée idiote ! Le pire, c'est que
les parents de léo ont l'air contents d'eux...

- Tra la la la la la la, chante bêtement son père.

Mais "tra la la la la la la", c'est même pas une chanson !
Et sa mère qui se met les mains dans le dos, pour se
faire un ventre plus gros. Comme s'il ne l'était pas assez...
C'est laid, un ventre comme ça ! Et puis, réfléchissez deux secondes. Un bébé dans un ventre, ça vit où ? Ca vit dans le ventre. Alors, ça fait pipi où ? Hein, réfléchissez deux secondes.. Ca fait pipi dans le ventre ! Que les maman enceintes ne s'énervent pas, mais c'est dégoûtant ! Du coup, beurk, Léo trouve la vie bien moche...

Quand la vie est moche, on a du mal à s'endormir. Dans son lit, Léo se tourne
d'un côté et puis de l'autre; Il rejette le drap, puis le ramène; il écarte son
doudou, puis le récupère. Bref, c'est le milieu de la nuit, et ses oreilles sont
encore grandes ouvertes. C'est comme ça qu'il entend des bruits dans la cuisine.
Des bruits de mâchoires qui mâchent et mastiquent. C'est peut-être sa maman :
Les femmes enceintes ont faim à n'importe quelle heure.

Léo se lève pour aller la rejoindre. Elle voudra peut-être bien lui faire un câlin,
malgré son gros ventre anti-câlins. Ca aiderait Léo à s'endormir... Pour la
surprendre, Léo s'approche de la cuisine à pas de loup... Mais ce n'est pas du
tout sa maman qui vide le frigidaire. Pas du tout ! C'est un crocodile ! Et pas un
petit crocodile ridicule, échappé d'un livre ou de la télévision. Non. C'est un
crocodile énorme, gigantesque, trois fois plus gros que le dernier crocodile que
vous avez pu voir.

Terrorisé, Léo fait demi-tour et remonte l'escalier
en hutième vitesse. Il se précipite dans la chambre
de ses parents. Il les secoue. Mais son père et sa
mère dorment sur leurs deux oreilles, en souriant
aux anges. Ils rêvent sans doute du bébé sans
penser à Léo. Dommage pour eux... car le
crocodile entre à son tour dans la chambre. Vite,
Léo s'enferme dans l'armoire. Il colle un oeil au
trou de la serrure... Et voici ce qu'il voit.

Le monstre crocodilesque se hisse péniblement à la hauteur du gros ventre de la maman. Il le sent... le renifle... ouvre les mâchoires... et clac ! il les referme sur le ventre. Plus de bébé ! Ca fait bien rire Léo... "Bon débarras !" se dit-il. Mais le crocodile rouvre la mâchoires, et revoilà le ventre. Il ne l'avait pas croqué, juste emprisonné.

- Zut ! peste Léo. Avec tout ce qu'il a déjà mangé, il n'a plus faim...

Mais tu parles, un crocodile pareil a un estomac d'enfer... Et hop, d'une seule
bouchée, il avale la maman.

- Hé ! proteste Léo dans son armoire.

Le crocodile s'en fiche. Et, rehop, d'une seule bouchée, il avale aussi le papa. Trop,
c'est trop. Il ne faut pas exagérer. Léo jaillit de l'armoire. Il crie :

- Ca va pas non ? Rends-moi mes parents tout de suite !

Le crocodile s'étonne. Qu'est-ce que c'est que ce pantin qui gesticule devant lui ?
Remarque, ça ferait un bon dessert... Et l'animal rouvre les mâchoires.

- Espèce de pataud, soupire Léo, tu crois que tu me fais peur ?

D'un bond, il saute par-dessus le crocodile et l'empoigne par la queue. Il rassemble
ses forces et le fait tournoyer au-dessus de sa tête. La gueule du monstre cogne les
murs... Et paf, et paf, et paf ! A la fin, il est complètement assommé. Il croyait
quoi, ce crocodébile ? Qu'un petit garçon, c'est moins que rien ? Bon, où sont les
ciseaux ? ... Clic, clic, clic... Ca y est, Léo ouvre l'animal. Ce n'est pas facile, à cause
des écailles, mais les ciseaux sont en acier ! Voici le papa... et la maman qui sourit
toujours, les deux mains sur son gros ventre. C'est incroyable, ils dorment encore !
Heureusement que Léo veille...

Léo soulève ses parents avec beaucoup de précaution. Il
les dépose délicatement dans leur lit. Puis il traîne la
dépouille du crocodile sur le trottoir, près des poubelles.
Enfin, il va se coucher. Il n'a aucun mal à s'endormir.
Cette histoire a été très fatigante. Si vous avez déjà eu
affaire à un crocodile, vous savez ce qu'il en est...

Le lendemain, en se réveillant, Léo se demande quand
même s'il a rêvé ou pas. Il court dehors, mais le
camion-poubelle est déjà passé... Alors il va se blottir
sous les draps contre le gros ventre de sa maman. Et
il dit tout bas au bébé :

 - Hé ! Si tu es encore là, c'est grâce à moi ! J'espère que tu t'en souviendras...

dimanche 8 janvier 2012

Pourquoi le coucou fait coucou

Autrefois, les forêts étaient remplies d'une
multitude d'oiseaux. Chaque oiseaux
construisait son nid et y couvait ses
oisillons. Le coucou aussi faisait son nid
dans un sapin haut et touffu, y mettait ses
oeufs et les couvait. Mais il finit par se
lasser de cette besogne, et, un jour, il déposa ses oeufs dans les nids des autres. Les propriètaires des nids couvèrent les oisillons, les nourrirent, leur apprirent à voler
et à trouver leur pitance. Pendant ce temps, le coucou s'amusait. Il était coquet et souhaitait être beau comme un paon. Et il voulait que ses enfants soient aussi beau que lui. Il en parla à la pie, qui s'esclaffa :

- Cra-ha-ha, des étrangers élèvent tes enfants,
   et toi tu voudrais qu'ils soient beaux comme
   toi ! Cra-ha-ha ! Cra-ha-ha !

La pie s'empressa de mettre au courant tous
les oiseaux de la forêt. Le premier à
apprendre les prétentions du coucou fut le corbeau. Il se mit en colère et croassa :

- Croa, croa, croa ! Comment est-ce possible ?

Les autres oiseaux entendirent le corbeau, et
bientôt toute la forêt fut en ébullition. Le
hibou était le plus furieux. Il s'installa sur
l'arbre le plus haut et hulula :

- Hou ! Hou ! Hou ! Il faut chasser ce
   vagabond de la forêt !

Les animaux, qui entre-temps avaient appris
l'histoire du coucou, crièrent d'une seule voix :

- Il faut chasser le coucou, qu'on ne le revoie plus !

En entendant cela, le coucou prit peur et partit à la recherche de ses petits.
Il survola la forêt, en essayant de les repérer, puis se posa sur un arbre et
appela :

- Coucou ! Coucou ! Coucou !

Mais ses oisillons ne répondaient pas à son cri.
Elevés dans des nids étrangers, ils ne
connaissaient pas le cri de leur mère; le
coucou, sur son arbre, avait beau répéter :

- Coucou ! Coucou ! Coucou !

Depuis lors, en apercevant un oiseau ou un animal,
le coucou change d'arbre, puis reprend sa plainte solitaire :

- Coucou ! Coucou ! Coucou !

Matoumax

Max, mon chat, il est bizarre. Un jour, il s'est
mis à marcher sur ses pattes de derrière et
s'est posé un vieux chapeau sur la tête (un
peu pour cacher ses oreillles, je présume).
Comme il est grand, ça fait un drôle d'effet,
je vous assure.

Le croiriez-vous si je vous disais qu'il mange
avec une fourchette (même s'il pousse encore
un peu avec sa patte) ? Il essaie aussi de parler, mais ça, il n'y arrive pas encore. Je crois que ça l'embête.

De temps en temps, il titille un peu les souris, mais, au fond, ça ne
l'intéresse pas beaucoup... Il n'y a que pour la sieste qu'il est resté
un vrai chat. D'ailleurs, presque tout le monde le prend pour un
drôle de bonhomme... sauf les chiens, bien entendu... et Stella, la
fille de nos voisins.

Je crois qu'il en est tombé amoureux, Max. Je me demande même
si ce n'est pas pour elle tous ces efforts pour être si.... Mais Stella,
elle, continue de l'appeler Matoumax et à lui, servir gentiment un
petit bol de lait le matin sous la véranda.

Et puis, Stella, elle a un vrai amoureux avec
lequel elle se mariera un jour. Je crois que
Max est jaloux. Quelquefois, je le vois
tourner en rond, il broie du noir, alors il
sort faire un tour... puis il rentre.

Un jour, il s'en ira pour de bon, je le sais.
Un matin, il sera parti. Mais je ne suis pas
inquiet pour lui. La maison me paraîtra vide, 
forcement. Heureusement, il me restera Hector, mon poisson rouge. (Je crois que lui aussi est amoureux).

vendredi 6 janvier 2012

La vie des cailloux

Sur un rivage pas si lointain, se tient un village
de cailloux. C'est là que vivent Pierre, Roc et
Christo. Tout y semble paisible, mais la vie de
ces habitants est rongée par une terrible
malédiction.

Un jour, l'arrière-arrière-grand-père de
Pierre, âgé de plusieurs milliers d'années,
rassembla les habitants du village pour leur
raconter à son tour ce que son propre
arrière-grand-père lui avait révélé :

Il y a de cela très longtemps, nos ancêtres les cailloux étaient un peuple de
marins téméraires. Ils traversaient les mers, depuis l'autre côté de l'horizon,
flottant sur l'eau à la recherche de nouveaux rivages. Ils s'arrêtèrent un jour
sur un rivage où régnait un puissant sorcier. Pour les punir d'avoir troublé sa
tranquilité, il leur jeta un terrible sort, les rendant extrêmement lourds.
Désormais incapables de flotter, les cailloux étaient prisonniers de cette terre
et cherchaient désespérément le moyen d'atteindre l'horizon pour retrouver
leur paradis perdu.

Depuis, les cailloux passaient leur temps en
privations et exercices, cherchant à devenir
assez maigres, assez ronds et plats pour
rebondir à la surface de l'eau et traverser
l'océan pour rentrer chez eux. Malgré leurs
efforts, les cailloux qui jetés à la surface
rebondissaient et rebondissaient encore,
finissaient tous par s'enfoncer dans les
profondeurs de la mer bien avant d'atteindre
l'horizon.

Pierre, Roc et Christo aimaient trop rire et s'amuser et lorsqu'on leur demandait d'être sages et de cesser leurs clowneries, ils faisaient mine de faire des exercices
mais ce n'était que pour mieux jouer. D'une algue ils se faisaient des costumes superbes pour s'inventer des histoires de chevaliers et de princesses. D'un caillou aux formes étranges, ils faisaient une monture pour voyager dans un monde imaginaire. Ce qui ne manquait pas d'agacer les autres cailloux qui n'avaient de cesse de s'user et de se polir, espérant que leurs sacrifices leur permettent un jour de retrouver leur paradis perdu.

Au lieu des mines tristes et sévères des autres
cailloux, Pierre, Roc et Christo avaient, à
force de rire, des visages souriants et drôles.
Si bien qu'un jour, une petite main potelée les
ramassa, les trouva si amusants qu'elle les
emporta dans sa poche. S'ils n'ont jamais
traversé l'horizon, peut-être ont-ils trouvé un
nouveau paradis des cailloux. 

dimanche 1 janvier 2012

Les 3 vieilles

Il était une fois trois soeurs, toutes les trois de
la dernière jeunesse : l'une soixante-sept,
l'autre soixante-quinze, la troisième
quatre-vingt-quatorze. Ces fillettes
possédaient une maison avec une jolie petite
terrasse, au milieu de cette terrasse il y avait
un trou, elles regardaient par ce trou les gens
qui passaient dans la rue. Le jeunesse de
quatre-vingt-quatorze ans voit passer un beau jeune homme : vite, elle saisit son
minuscule mouchoir, le plus fin et le mieux parfumé, et au moment où le garçon se
trouve juste en-dessous, elle le laisse tomber. Le jeune homme ramasse le petit
mouchoir, hume son parfum suave et se dit :

- Il faut que ce soit la plus belle des filles !

Et, après quelques pas, il rebrousse chemin et va tirer la sonnette de cette
demeure. L'une des trois soeurs lui ouvre, et le garçon lui demande :

- S'il vous plaît, il y a bien une jeune fille dans ce palais ?
- Mais oui, monsieur; et pas une seule.
- Rendez-moi un grand service : je voudrais voir celle qui a perdu ce mouchoir.
- Pas possible, monsieur, dit la fillette. Dans ce palais, la coutume veut qu'on ne
   puisse voir une fille tant qu'elle n'a pas contracté mariage.

Le jeune homme avait d'ores et déjà tant farci sa tête des beautés qu'il attribuait
à cette fille qu'il dit :

- Baste, je la marierai même sans la voir. Je cours chez ma mère lui dire que j'ai
   trouvé la plus belle des filles et que je veux l'épouser.

Il rentre chez lui et raconte tout à sa mère, qui lui dit :

- Mon fils, fais attention à ce que tu vas faire : on est toujours exposé à être
   dupé. Avant de décider quoi que ce soit, il faut bien réfléchir à la question.

Et lui :

- Baste, c'est tout réfléchi. La parole d'un roi est parole de roi.

Il faut ajouter que ce garçon est un roi. Il retourne à la maison de la promise, sonne
et monte. Vient le vieille fillette d'avant, et il questionne :

- S'il vous plaît, vous êtes l'aïeule ?
- Mais oui, mais oui, l'aïeule.
- Vu que vous êtes l'aïeule, rendez-moi un service : montrez-moi au moins un doigt
   de cette fille.
- Pas pour le moment. Il faut que vous reveniez demain.

Le jeune homme salue et s'en va. A peine a-t-il le dos tourné, les soeurs fabriquent
un faux doigt, avec le bout d'un gant et un ongle postiche. Quant à lui, il est à un
tel point hanté par l'envie de voir ce doigt qu'il n'en dort pas de la nuit. Le jour se
lève, il s'habille et file là-bas.

- Madame l'aïeule, dit-il à la vieille, me voilà : j'accours à seule fin de voir le doigt
   de ma promise.
- Mais oui, mais oui, dit-elle, vous allez le voir. Vous le verrez à travers cette porte.

La promise passe aussitôt le faux doigt par le trou de la serrure. Et le garçon de
s'extasier, car c'était vraiment un très beau doigt : il l'embrasse et y passe une bague
avec des diamants. Après, de plus en plus passionné, il dit à la vieille :

- Grand-mère, grand-mère, j'entends l'épouser au plus tôt, je n'en peux plus
   d'attendre.

Et elle :

- Si vous voulez, dés demain.
- Parfait ! Je l'épouse demain, parole de roi !

Riches comme ils étaient, ils avaient tout loisir de faire apprêter
d'un jour à l'autre la noce, ils disposaient de tout ce qu'il faut
pour cela. Aussi, dès le lendemain, la promise s'attife-t-elle
avec l'aide de ses soeurs. Le roi arrive et dit :

- Me voilà, grand-maman.
- Attendez une seconde : nous allons vous l'amener.

Et les deux soeurs reviennent en flanquant, bras dessus, bras dessous, la troisième
enveloppée dans sept voiles.

- N'oubliez pas, préviennent-elles l'époux, il vous est défendu de la voir tant que
   vous ne serez pas dans la chambre nuptiale.

On va à l'église, on fait le mariage. Après le roi aurait voulu donner un banquet,
mais les vieilles refusent.

- Voyez-vous, votre épouse n'a pas l'habitude de ces fêtes.

Le roi se résignent. Il ne voit pas le moment où il sera enfin seul aves son épouse :
mais les deux autres l'emmènent dans la chambre, et lui, elles ne le laissent pas
entrer car elles voulaient la déshabiller et la coucher. Il lui est enfin permis
d'entrer, et les autres toujours sur ses talons, pendant que la mariée se
recroqueville sous les draps. Il se déshabille à son tour, cependant que les deux
soeurs s'en vont en emportant la lampe. Seulement, lui, il avait pris soin
d'emporter dans sa poche une bougie : il l'allume et que voit-il ? Une vieille tout
à  fait décrépite, couverte de rides !

D'abord muet tant son épouvante est vive, il reste un grand moment sans pouvoir
bouger, mais la colère ne tarde pas à l'envahir, une colère telle qu'il se saisit
violemment de l'épouse, la soulève et la flanque par la fenêtre. Il y avait, sous la
fenêtre, une tonnelle avec une vigne : l'épouse en tombant, la défonce et reste
accrochée à un poteau par un bout de sa chemise de nuit.

Cette nuit là, trois fées se promenaient dans le jardin : elles passent près de la
tonnelle et voient la vieille suspendue à son poteau. A ce spectacle inattendu, les
trois fées éclatent de rire, d'un rire si interminable qu'elles en sont presque
malades. Quand elles ont ri tout leur soûl, l'une d'elle s'écrie :

- Nous avons bien ri à ses dépens, il faut que nous l'en dédommagions.

Et une autre fée :

- Bien sûr. Puis : J'ordonne, j'ordonne, que tu
   deviennes la plus belle des filles qu'oeil
   d'homme puisse voir.
- J'ordonne, j'ordonne, dit la deuxième, que
   tu aies le plus beau des époux, qu'il t'aime et
   te chérisse.
- J'ordonne, j'ordonne, dit la troisième, que tu
   sois toute ta vie au comble de la richesse.

Après quoi, les trois fées s'en vont. Dès qu'il fait jour, le roi se réveille et se remémore tout. Il veut tout de même vérifier que tout cela n'a pas été simplement un méchant rêve et il ouvre ses fenêtres pour jeter un coup d'oeil au monstre qu'il a renvoyé au diable le soir avant. Et qui voit-il, étendue sur la tonnelle ? La plus belle fille du monde. Il s'en arrache les cheveux :

- Nigaud que je suis, qu'ai-je fait !

Il ne savait pas comment s'y prendre pour la ramener à terre. Il finit par saisir un
drap de son lit, lui lance un bout de ce drap pour qu'elle puisse s'y accrocher,
puis tire dessus et voilà l'épouse auprès de lui : aussitôt, heureux mais mordu par
son remords, il commence à lui demander pardon. Et, bien sûr, elle pardonne,
après quoi ils se réjouissent fort. On frappe à la porte.

- C'est l'aïeule, dit le roi. Entrez, entrez donc, grand-mère !

La vieille entre et, dans le lit, à la place de sa soeur de quatre-vingt-quatorze ans,
elle voit cette jeunesse merveilleuse. Laquelle, comme si de rien n'était, lui dit :

- Clémentine, apporte-moi mon café.

La vieille porte une main à ses lèvres pour étouffer un cri de stupéfaction : elle ne
pipe mot et va chercher le café. Mais, le roi aussitôt sorti pour ses affaires, elle
court auprès de l'épouse et la questionne :

- Comment as-tu fait, dis, comment as-tu fait pour devenir si jeune ?

Et l'épouse :

- Chut, chut, pour l'amour du ciel ! Si tu savais... Je me suis fait raboter !
- Raboter ? Raconte-moi donc ! Où ? Je vais me faire raboter moi aussi. Chez qui ?
- Chez le menuisier.

La vieille court chez le menuisier.

- Vous voulez bien me donner un coup de sabot ?

Et le menuisier :

- Sacrebleu, vous êtes déjà plate comme une limande; si je vous rabote, il ne restera
   plus grand-chose.
- Ce n'est pas votre affaire, allez !
- Comment, ce n'est pas mon affaire ? Et si cela vous met définitivement à mal ?
- ce n'est pas votre affaire, vous dis-je. Je vous paierai un thaler.

 Au mot "thaler", le menuisier change d'avis. Il prend la
pièce et dit :

- Couchez-vous sur cet établi, je vous donnerai tous les
   coups de sabot qu'il faudra, et il commence à raboter
   une moitié de la face.

La vieille pousse un cri.

- Et alors ? Si vous vous mettez à crier, on n'en finira plus.

Elle se retourne, sur l'établi, et le menuisier de lui raboter l'autre moitié de la face. Ce coup-ci, la vieille ne crie plus : c'est qu'ele est là raide morte. Quand à l'autre
vieille soeur, on ne connaîtra jamais sa fin : noyée, étripée, morte dans son lit ou
on ne sait où, personne n'a su ce qu'elle était devenue. Ainsi l'épouse
restera-t-elle seule dans la maison avec le jeune roi, et ils connaîtront un bonheur
sans fin.

Voeux


Je vous  présente à tous mes meilleures voeux pour l'année 2012
et vous remercie de votre présence sur mon blog.