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dimanche 16 septembre 2018

Les jeux d'Olympie



 Magicalibri, magicalibra, à nous… les jeux d'Olympie

- On ne s'entend pas ! s'époumone Yoko.
- Où sommes-nous exactement ? hurle Georges.
- A Olympie, en Grèce, au VIIIe siècle avant notre ère, répond Medhi.
- Les chars ne vont pas tarder à foncer vers nous, vite, sortons d'ici !
  propose Cléa.
- Tous ces sportifs sont en plein entraînement, veillons à ne pas les
  déranger, dit Georges.
- Moi mon truc, c'est les anneaux, souffle Yoko à un jeune homme.
  Mais pas dans cette tenue…
- Il n'y a que des garçons ici, remarque Cléa, heureusement que les
  choses ont changé à présent !.

Les athlètes sont bien trop occupés pour leur prêter attention.

- Le meilleur moyen de savoir si l'on gagne une couronne de fleurs
  ou une médaille, c'est de participer à une épreuve, suggère Medhi.
- Nous devrions peut-être nous entraîner, vous ne croyez pas ?
  questionne Georges.
- D'accord, tentons le lancer de disque, propose Medhi.
- Ça n'a pas l'ai si difficile, commente Cléa, on dirait des jouets de
  plage.
- Sauf que ceux-là sont en cuivre et ils pèsent très très lourd, souffle
  Georges à bout de force.
- Fais attention, c'est dangereux ! dit Yoko à Medhi. Trop tard !
- Bon, oublions le lancer de disque… marmonne Georges.
- Si on essayait plutôt la course à pied ? suggère Cléa.
- Ok, plaçons-nous sur la ligne de départ, répond Medhi.

Nos quatre amis ont à peine eu le temps de s'élancer que les coureurs sont déjà arrivés. Ils sont trop forts !

- Bon, oublions aussi la course à pied, soupire Georges.
- Regardez, une autre épreuve se prépare sous ces
  colonnades ! s'écrie Cléa. Allons voir de quoi il
  s'agit.
- Que font-ils ? demande Medhi, éberlué.
- Ils s'entraînent à la lutte dans la palestre, explique un juge.
- Ce sport n'est pas du tout pour nous, allons-nous-en d'ici !
  propose Georges.

De retour au gymnase, nos quatre amis semblent découragés.

- Nous ne gagnerons jamais une épreuve, ces sportifs sont trop forts !
- C'est normal, ce sont des athlètes, ils s'entraînent à longueur d'années,
  dit Yoko.
- J'ai une idée ! s'écrie soudain Cléa. Et si nous trouvions l'endroit où


  sont rangés les prix ? Ainsi nous pourrions voir à quoi ils ressemblent.

A la recherche de ce lieu mystérieux, nos quatre amis passent devant la
salle des gardes. Cléa se dirige vers l'un deux.

- Savez-vous où se trouve l'endroit où sont rangés les prix qui sont remis
  aux vainqueurs ?
- Oui, dans le prytanée, le bâtiment que vous voyez là-bas, mais l'accès en
  est strictement interdit, et encore plus aux enfants !
- Nous n'en avons que pour quelques instants, répond Medhi avec un
  certain toupet.

Le garde interrompt sa partie de dés et se lève d'un bond.

- Filez d'ici !

Mais, sur un signe de Cléa, les enfants courent vers le prytanée.

- Vous ne manquez pas de culot, attendez que je vous attrape ! grogne le
  garde en s'élançant à leur poursuite.
- Super, ton entraînement à la course, souffle Georges.
- Oui, à ce train-là, nous serons fin prêt pour les jeux, rigole Yoko.

Ouf, ils sont arrivés les premiers et ils se cachent derrière les colonnes. Le
garde a beau les chercher, ils l'ont bel et bien semé.
A pas de loup, nos amis se faufilent à l'intérieur du bâtiment. La chance
semble leur sourire, Yoko repère un petit panneau en bois accroché à une
porte.

- C'est là ! chuchote Georges.
- Nous n'avons plus qu'à entrer, déclare Cléa.
- Dans "accès interdit", qu'est-ce que tu n'as pas compris ? demande Medhi.

Un loquet condamne la porte, si haut qu'il est hors d'atteinte. Alors que Cléa
a presque réussi à repousser le loquet, un athlète passe dans le couloir.

- Mais qu'est-ce que vous faites là ?
- On s'entraîne, répondent les enfants en chœur.
- Quel étrange jeu, je ne le connais pas !
- C'est le jeu de la pyramide, affirme Yoko. Il a été
  inventé par les Égyptiens.
- Excellent, il faudra que je m'y entraîne, merci ! Je
  vous laisse, je dois me rendre à la course de chars,
  dit l'athlète en s'en allant.
- Ouf ! on a eu chaud. Quelle imagination, Yoko ! admire Medhi

Mais impossible d'ouvrir la fameuse porte. Que faire ?

- J'ai une autre idée, filons voir cette course de char, propose Yoko.

Sur la ligne de départ, l'athlète qu'ils ont croisé leur fait un grand sourire.

- Venez avec moi les amis, je vais vous montrer mon jeu à mon tour.
  C'est très amusant, mais accrochez-vous bien.

Hélas, le char où ont pris place les quatre petits explorateurs de l'histoire
est loin derrière les premiers.

- Je crains que nous ne perdions cette course, dit le conducteur.
- Qu'importe, vos chevaux sont les plus beaux de tous ! lui répond Cléa
  à haute voix.
- Et leur crinières sont superbes, ajoute Georges.
- Youpi ! s'écrient les enfants en chœur.

Flattés par ces compliments et encouragés par les cris de nos amis, les
chevaux retrouvent de l'énergie, ils doublent tous les attelages et arrivent
les premiers. Le conducteur du char reçoit son prix, une couronne de lauriers.

- Vous l'avez méritée autant que moi, et pour vous remercie, je vous l'offre.
- Merci, elle est magnifique, dit Yoko en la posant
  sur sa tête.
- Enigme résolue, clame Georges, c'était bien une
  couronne, mais pas de fleurs, de lauriers !

Il est temps de rentrer, nos quatre amis joignent
leurs mains et entrent dans le tourbillon magique :

"Magicalibri, magicalibra, à nous le présent !


Les Jeux d'Olympie - Hachette Collection - Marc Levy - Carine Hinder

vendredi 9 décembre 2016

La soupe à rétrécir

Chapitre 1 : Le stand bizarre

C'était la fête de l'école. Tandis que mes parents tenaient la buvette,
j'essayais les jeux avec mes copines.

Après la course en sac, j'ai remarqué un stand bizarre, à l'écart des autres.
Pendant que mes amies se reposaient, je suis allée le voir.

Une dame, drôlement bien déguisée en sorcière, remuait de la soupe dans
un chaudron, près d'un vieux balai. Elle m'a dit d'une voix grinçante :

- Approche, Léa.

J'ai voulu lui demander comment elle savait mon prénom, mais elle m'a
tout de suite déclaré :

- Tu dois goûter ma soupe et en deviner les ingrédients.

Ca avait l'air amusant, alors j'ai pris une gorgée de soupe. Elle avait un
goût atroce ! La dame a dit :

- C'est mauvais, hein ? C'est à cause des pustules de crapaud. Si je n'en
  mets pas, la potion ne marche pas.

Soudain, je me suis sentie rétrécir. En quelques secondes, je suis devenue
minuscule... La dame était une vraie sorcière !

La sorcière m'a aussitôt attrapée et jetée dans un sac. Je me suis retrouvée
dans le noir, terrifiée. J'ai crié, mais personne ne m'entendait !

C'est alors que le sac s'est brusquement ouvert. Avant qu'il se referme, j'ai
juste eu  le temps de voir atterrir mon copain Baptiste. La sorcière a
ricané :

- Vous êtes exactement les enfants qu'il me faut ! Il ne me reste plus qu'à
  me rendre invisible et à voler jusqu'à chez moi !

Elle a prononcé une formule magique : "Décollé ksassott, balai, au manoir
de la forêt ! Nous avons été terriblement secoués. Puis la sorcière a ouvert
le sac. Nous étions dans une pièce sombre, pleine de fioles et de potions...

Très vite, la sorcière nous a glissés dans une sorte de boîte en carton, avec
juste quelques trous pour respirer, comme si nous étions des hamsters !
Un homme est entré et a dit :

- Chérie, les invités arrivent pour le repas d'anniversaire !
- Je viens ! a répondu la sorcière, je finis juste d'emballer le cadeau de notre
  petite Lucifère adorée !

Baptiste et moi, nous nous sommes regardés, épouvantés : le cadeau
d'anniversaire, c'était nous !

Chapitre 2 : Le cadeau surprise

A travers un trou du paquet-cadeau, nous avons assisté avec angoisse au
repas des sorciers. Au dessert, Lucifère a soufflé six bougies sur un gâteau
gluant qui sentait les œufs pourris. Puis elle a ouvert ses cadeaux. En nous
découvrant, Lucifère s'est exclamée :

- Super ! Des poupées !
- Nous sommes des enfants, pas des jouets ! a protesté Baptiste.
- Plus maintenant ! a ricané la petite sorcière.

Et elle nous a emmenés dans sa chambre. Lucifère nous a installés dans
une maison de poupée, puis elle nous a obligés à prendre un faux repas
dans des assiettes vides. Et elle nous a changés de vêtements quatre fois.

Assis par terre, son chat ne nous quittait pas des yeux. Au bout d'un moment,
la sorcière a appelé sa fille :

- Viens dans le jardin, ma grenouillette chérie ! Le feu d'artifice va commencer !

La petite sorcière nous a menacés :

- Si vous osez sortir de ma maison de poupée, mon chat Méphisto vous
  mangera

Et elle est partie.

- C'est affreux ! Qu'est-ce qu'on va faire ? a gémi Baptiste.

Une idée m'est venue :

- La sorcière a sûrement une potion qui fait grandir. Peux-tu occuper Méphisto
  pendant que j'essaie de la trouver ?

Tandis que Baptiste appelait le chat par la fenêtre, je me suis faufilée hors
de la maison de poupée... J'ai couru jusqu'à la pièce sombre où nous avions
atterri. J'étais si petite que j'ai eu l'impression de parcourir des kilomètres !...

La porte était entrouverte. J'ai escaladé les étagères en lisant les étiquettes
des potions. Derrière un crapaud empaillé, j'ai fini par trouver un flacon
d'élixir pour grandir.

Comme j'étais trop petite pour l'ouvrir, j'ai poussé le flacon jusqu'à ce qu'il
tombe par terre. Il s'est écrasé sur le sol en faisant une immense mare. J'ai
bu un peu de potion et j'ai aussitôt retrouvé ma taille normale. Il était temps
d'aller délivrer Baptiste !

Chapitre 3 : La fuite

Dans la chambre de Lucifère, Méphisto essayait de démolir la maison de
poupée. Je lui ai donné un coup de pied et il s'est sauvé en crachant. Baptiste
est sorti tout étourdi de la maisonnette. Je l'ai porté jusqu'à la salle des potions
pour qu'il boive l'élixir. Et dès qu'il a eu retrouvé sa taille, j'ai proposé :

- Si on prenait un balai magique pour rentrer chez nous ? Je me souviens
  de la formule pour le faire voler.

Nous avons vite traversé le jardin. Les invités ne faisaient pas attention
à nous, ils applaudissaient en regardant le ciel. Leurs balais étaient appuyés
sur le portail. Nous en avons enfourché un et j'ai dit :

- Décollé Ksassott, balai, à l'école !

Ensuite, on s'est cramponnés comme on a pu, jusqu'à ce que le balai
atterrisse dans la cour de l'école. La cour était déserte. La fête était finie.
Nous sommes sortis dans la rue où une patrouille de police nous a tout
de suite repérés.

- Ce sont les enfants qu'on recherche ! s'est exclamé un des agents en nous
  faisant monter dans la voiture. Vite, au commissariat !

Au commissariat, nos parents nous ont serrés dans leurs bras en disant :

- Où étiez-vous passés ? Nous étions si inquiets !

Baptiste et moi avons raconté notre aventure. Le chef de la police a
annoncé :

- Nous allons mener notre enquête et nous arrêterons tout ce monde-là.

Baptiste et moi, nous avons eu de la chance : tout s'est bien terminé.
Mais si un jour, à la fête de l'école, une sorcière te propose de goûter de la
soupe... un bon conseil : sauve-toi !


La soupe à rétrécir (Anne Rivière - Gwendal Le Bec - Bayard poche)

Angelo

Il y a bien longtemps de cela, vivait en Italie un jeune garçon qui
s'appelait Angelo.

Sa mère et son père parcouraient le pays en
roulotte. Angelo les accompagnait. Il avait
deux frères aînés, les jumeaux Beppo et
Benno; et aussi un petit frère, Sandro.

Tout ce qu'il possédaient, ils le
transportaient avec eux.

A chaque arrivée dans un village, ils garaient
la roulotte sur la place. Le père d'Angelo et les deux
jumeaux bâtissaient une estrade avec des planches.
Le reste de la famille accrochait rideaux et banderoles pour le décor.

Ensuite, ils sortaient une malle pleine de costumes et chacun
enfilait le sien. Et le spectacle commençait !

Bientôt la place s'emplissait de monde, et des gens se penchaient
aux fenêtres pour regarder. Tandis que le père d'Angelo battait
du tambour, Beppo et Benno faisaient d'incroyables acrobaties.

Beppo pouvait porter Benno à l'envers sur sa tête, ou encore ils
se faisaient tomber avec des croche-pieds.

Puis le père d'Angelo interprétait des chansons amusantes en
jouant de la guitare, pendant que sa femme agitait son tambourin.
Et même Sandro tapait sur un tambour plus grand que lui !

Mais le clou du spectacle, c'était bien Angelo et son numéro
d'équilibriste. Il grimpait sur une corde raide et marchait dessus.

Il savait même danser sur une corde ! Et jamais il ne tombait.
Au-dessous de lui, le public émerveillé applaudissait.

Après le spectacle, ils démontaient l'estrade et rangeaient leurs
costumes. Puis la famille campait sous les arbres et la mère
d'Angelo préparait le dîner. Parfois Beppo et Benno jonglaient
avec des œufs; et leur père jouait de la guitare.

C'est ainsi qu'ils traversaient l'Italie de village en village.

Un jour, au moment où Angelo venait de finir son numéro, il
aperçut une petite fille qui pleurait à chaudes larmes.

- Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-il.
- J'aimerais tellement être funambule et parcourir le pays comme
  toi, répondit-elle.

Puis elle lui raconta son histoire. Et, chose étrange, elle s'appelait
Angelina. Pauvre Angelina ! Elle n'avait ni père ni mère et vivait
avec son oncle, un homme lugubre et méchant.

Il était censé s'occuper d'elle, mais en réalité, c'était elle qui
s'occupait de lui. Elle devait épousseter les tables et les chaises, et
aussi laver tous les sols qui étaient vraiment immenses.

Ensuite elle devait laver la vaisselle, laver le linge... et faire tout
le repassage. La nuit, elle dormait dans un lit étroit et dur. Dans sa
chambre logeaient deux souris à qui elle parlait le soir. C'était là
ses seules amies car son oncle lui permettait rarement de sortir.

Chaque nuit, l'oncle d'Angelina fermait toutes les portes à double
tour avec un énorme trousseau de clés.

- J'aimerais tant partir avec toi, dit Angelina. Mais mon oncle me
  gardera enfermée ici pour toujours.
- Ne t'en fais pas, dit Angelo. J'ai une idée.

Cette nuit-là, quand les rues furent désertes, Angelo et
ses deux frères se faufilèrent dehors avec la malle à
costumes. Angelo grimpa sur les épaules de Beppo...
qui grimpa sur les épaules de Benno... et Benno grimpa
sur la malle.

Ils arrivèrent juste sous la fenêtre où Angelina les
attendait. Ils la firent descendre et très vite ils la
cachèrent dans le panier. Ils coururent d'un trait
jusqu'à la roulotte.

Le lendemain, au lever du jour, la famille d'Angelo était loin,
et Angelina aussi.

Depuis ce jour-là, Angelina fit partie de la famille. Elle les
accompagnait partout, et chaque jour, Angelo lui donnait
des leçons d'équilibre.

Au début, Angelina tombait assez souvent. Mais pour finir, elle
apprit vraiment à danser sur la corde. Et la mère d'Angelo
confectionna pour elle un magnifique costume.

C'est ainsi qu'Angelo et Angelina dansèrent en duo sur une corde.
Et partout les spectateurs applaudissaient.


Angelo (Quentin Blake - Petite Bibliothèque Calligram)

samedi 26 novembre 2016

Le chapeau de l'épouvantail

- Voilà un bien beau chapeau, dit la poule à l'épouvantail.
- Oui, c'est vrai, répondit l'épouvantail, mais je préférerais avoir
  une canne. Je suis debout ici depuis des années et
  mes bras sont tellement fatigués... Je rêve d'une
  canne sur laquelle m'appuyer. Je serais prêt à
  échanger mon chapeau contre une canne.

La poule n'avait pas de canne, mais connaissait
quelqu'un qui en avait une.

- Voilà, une bien jolie canne, dit la poule au
  blaireau.
- Oui, c'est vrai, répondit le blaireau, mais je
  préférerais avoir un ruban. Il se met à faire chaud et ça sent
  le renfermé sous terre, alors je tiens ma porte ouverte en la
  calant avec ma canne, mais je trébuche tout le temps dessus.
  Si j'avais un ruban, je pourrais attacher la porte. Je serais prêt
  à échanger ma canne contre un ruban.

La poule n'avait pas de ruban, mais connaissait quelqu'un qui en
avait un.

- Voilà un bien joli ruban, dit la poule au choucas.
- Oui, c'est vrai, dit le choucas, mais je préférerais avoir un peu
  de laine. Mon nid est perché sur ce rocher, et la vie y est très
  pénible. Je rêve d'un peu de laine chaude et douce pour le rendre
  plus confortable. Je serais prêt à échanger ce ruban contre de la
  laine.

La poule n'avait pas de laine, mais connaissait quelqu'un qui en
avait.

- Voilà un bien beau manteau de laine, dit la poule au mouton.
- Oui, c'est vrai, répondit le mouton, mais je préférerais avoir une
  paire de lunettes. Je dois surveiller le loup, et mes yeux ne sont
  plus aussi bons qu'autrefois. J'ai vraiment besoin d'une paire de
  lunettes. Je serais prêt à échanger un peu de ma laine contre une
  paire de lunettes.

La poule n'avait pas de paire de lunettes, mais connaissait quelqu'un
qui en avait une.

- Voilà une bien belle paire de lunettes, dit la poule à la chouette.
- Oui, c'est vrai, répondit la chouette. Mes vieilles lunettes sont
  cassées, et j'ai dû en prendre une nouvelle paire. Mais je préférerais
  avoir une couverture sous laquelle dormir car le soleil entre par ma
  fenêtre et me tient éveillée toute la journée. Je serais prête à
  échanger mes lunettes contre une couverture.

La poule n'avait pas de couverture, mais connaissait quelqu'un qui
en avait une.

- Voilà une bien belle couverture, dit la poule à l'âne.
- Oui, c'est vrai, répondit l'âne. Mais je préférerais avoir quelques
  plumes. Les mouches me rendent fou, à bourdonner autour de mes
  oreilles. Ma queue n'est pas tout à fait assez longue pour les chasser;
  si je la prolongeais de quelques plumes, je pourrais les balayer
  facilement. Je serais prêt à échanger ma couverture contre quelques
  plumes.

En un clin d'œil, la poule arracha une, deux, trois de ses longues plumes
et les attacha à la queue de l'âne. L'âne était enchanté et, comme convenu,
échangea sa couverture contre les plumes.

La poule porta la couverture à la chouette qui l'échangea contre ses
lunettes (les vieilles, bien sûr). Elle porta les lunettes au mouton qui
les échangea contre sa laine.

Elle porta la laine au choucas qui l'échangea contre son ruban. Elle
porta le ruban au blaireau qui l'échangea contre sa canne.

Enfin, elle porta la canne à l'épouvantail. Avec un soupir de soulagement,
il appuya ses bras fatigués sur la canne et, reconnaissant, l'échangea contre
son vieux chapeau cabossé. La poule prit le chapeau et le remplit d'une
paille fraîche à l'odeur sucrée.

- Voilà un bien beau nid, dit le canard.
- Oui, c'est vrai, répondit la poule, et je ne l'échangerais pour rien au monde !


Le chapeau de l'épouvantail (Ken Brown - Folio Cadet - Gallimard Jeunesse)

mercredi 23 novembre 2016

La sorcière aux trois crapauds


Il était une fois une sorcière appelée Baba Yaga.

- Vous êtes vraiment laide à faire peur ! lui disaient souvent ses
   fidèles crapauds.
- Je l'espère bien, répondait alors Baba Yaga. Je suis là pour ça !

Un jour, en regardant dans sa boule de cristal, Baba Yaga vit
apparaître trois petites filles : Toute-Douce, Toute-Vilaine et
Toute-Méchante.

- Je sais déjà laquelle des trois viendra bientôt me rendre visite,
   dit la sorcière.

Au même moment, Toute-Vilaine et Toute-Méchante décidèrent
de chasser Toute-Douce hors de la maison.

- Nous ne voulons pas de toi ici. Va-t'en ! Tu es trop gentille pour
   jouer avec nous.
- Je sais bien que vous ne m'aimez pas, répondit Toute-Douce. Mais
   je ne peux pas rester toute seule. Que vais-je devenir ?
- Tu n'as qu'à aller dans la forêt, lui lança Toute-Vilaine.
- C'est ça ! ajouta Toute-Méchante. Va donc voir Baba Yaga et
   rapporte-nous l'un de ses crapauds parés d'or et de bijoux. Si
   tu y arrives, nous te laisserons peut-être revenir à la maison.

Cette nuit-là, Toute-Douce alla chercher la poupée que sa mère lui
avait donnée juste avant de mourir.

- Que vais-je faire ? lui demanda-t-elle. Je n'ai pas envie de rester ici...
   mais je n'ai pas envie de partir non plus.
- Personne ne peut rester et partir en même temps, répondit la poupée.
   Aussi, mets-moi dans ta poche et écoute bien les conseils que je te
   donnerai. Et maintenant, en route !

Toute-Douce partit donc avec sa petite poupée en poche. Du plus
profond de la forêt, Baba Yaga la sentit arriver.

Elle fronça son long nez crochu, si bien que de profil elle ressemblait
à un terrifiant croissant de lune. Après avoir rassemblé son balai, son
chaudron et ses trois crapauds, elle ordonna à sa cabane de déplier ses
longues pattes de poulet, et toute la maisonnée partit à la rencontre de
la fillette.

Quand Toute-Douce vit la maison s'approcher d'elle en courant et Baba
Yaga sortir la tête hors de la cheminée, elle sentit ses jambes trembler.

- Je n'y arriverai jamais, dit-elle, effarée.
- Mais si, tu y arriveras, chuchota la poupée du fond de sa poche. Il
   suffit d'aller frapper à la porte et tout ira bien.

Toute-Douce alla donc frapper à la porte de la maison.

- Que veux-tu ? cria la sorcière.

La fillette resta muette de terreur.

- Bah ! Cela n'a aucune importance, poursuivit Baba Yaga. De toute façon,
   on n'a rien pour rien. Si tu veux quelque chose, il te faudra travailler pour
   l'avoir.

Sur ce, la sorcière désigna une montagne de vaisselle sale et une énorme
pile de linge à laver.

- Que tout soit fait demain matin, ou bien Chaudron te fera cuire à gros
   bouillons ! menaça la sorcière.

Aussitôt, Toute-Douce se mit au travail. Elle lava, frotta et repassa toute
la nuit. Mais, quand minuit sonna, elle commença à trembler de peur.

- Je n'y arriverai jamais, dit-elle à la poupée. Je vais finir dans le chaudron,
   c'est sûr et certain.
- Mais si, tu y arriveras, reprit la poupée du fond de sa poche. Tu pourrais
   même le faire en dormant. D'ailleurs, va te coucher et tout ira bien.

Toute-Douce alla donc s'allonger dans un coin et la poupée fit le travail
à sa place.

Le lendemain matin, à son réveil, Baba Yaga n'en crut pas ses yeux mais
elle cacha son étonnement. Dans la cour, elle montra du doigt un énorme
tas de terre et dit à Toute-Douce :

- Trie pour moi toutes les graines de coquelicot qui se sont mélangées à
   cette terre. Si tu n'as pas terminé en fin de journée, mes crapauds te
   croqueront toute crue.

La fillette se mit aussitôt au travail. Mais les heures passèrent et elle
commença à trembler en voyant le soleil baisser dans le ciel.

- Je n'y arriverai jamais en un seul jour... ni même en mille, soupira
   Toute-Douce. Je vais finir dans le ventre des crapauds, c'est sûr.
- Mais si, tu y arriveras, murmura la poupée du fond de sa poche. Tu
   pourrais même le faire les yeux fermés et les mains liées. D'ailleurs,
   repose-toi un instant et tu verras, tout ira bien.

Toute-Douce alla donc s'asseoir à l'ombre, puis elle ferma les yeux et la
poupée fit le travail à sa place.

Quand Baba Yaga revint de sa promenade en forêt, elle n'en crut pas ses
yeux mais elle cacha sa surprise. Elle montra à Toute-Douce une
montagne de victuailles et lui dit :

- Prépare-nous un magnifique festin ! Quand tu auras fini, tu viendras
   dîner avec moi.

Quand tous les plats furent prêts et que la table fut mise, Toute-Douce
s'assit en face de Baba Yaga. Les yeux de la sorcière brillaient comme
des charbons ardents.

- Maintenant, fillette, gronda-t-elle, réponds-moi correctement ou bien
   je te mangerai en entrée ! Pourquoi es-tu venu chez moi ?

Toute-Douce ouvrit la bouche pour avouer "Je suis venue chercher l'un
de vos crapauds." Mais elle sentit la poupée s'agiter au fond de sa poche
et comprit ce qu'il fallait dire. Et tandis que Baba Yaga l'observait de ses
yeux brûlants, Toute-Douce répondit calmement :

- Je suis venue ici pour avoir peur, bien sûr, puisque vous êtes là pour ça !

Baba Yaga n'en crut pas ses oreilles mais, cette fois, elle ne chercha pas à
cacher sa surprise. Elle sauta sur la table à pieds joints, puis entraîna balai,
chaudron et crapauds dans une folle farandole.

- Voilà la réponse que j'attendais, fillette ! Je vois qu'avec toi la sagesse
   n'attend point le nombre des années. Dis-moi comment tu as fait pour
   passer ces épreuves avec succès.
- Eh bien... c'est grâce à un cadeau de ma maman, déclara Toute-Douce.
- Ah ah ! gloussa la sorcière. Un cadeau en appelle un autre. Tiens !

Et elle lui fit présent d'un de ses trois crapauds. Il portait une cape brodée
de perles fines, un collier de diamants et une longue laisse sertie d'émeraudes.
Toute-Douce rentra donc chez elle avec son précieux cadeau.

En la voyant arriver, Toute-Vilaine et Toute-Méchante n'eurent même pas
le temps de dire un mot, car le crapaud ouvrit une large gueule et...

Gloup ! Gloup ! Il n'en fit que deux bouchées. Puis il repartit à grands
bonds vers la forêt. Depuis ce jour-là, Toute-Douce arrêta de se montrer trop
bonne, ce qui n'a rien d'étonnant après tout ce qui lui était arrivé. Elle devint
donc une petite fille gentille, mais pas trop...


La sorcière aux trois crapauds (Hiawyn Oram - Ruth Brown - Folio Cadet)

samedi 19 novembre 2016

Sur la piste du bandit

Chapitre 1

A Lilly City, Black Jack le bandit sème la terreur. Il a dévalisé l'épicerie,
attaqué la diligence et tout cassé au saloon. Les habitants en ont assez :

- Mais que fait notre shérif ?
- Il est trop vieux, changeons - le !

Billy le shérif est vexé :

- Moi, trop vieux ? Nom d'un coyote, je vais l'attraper, ce hors-la-loi
  à la noix ! Euh, voyons... où est mon révolver, Mary ?
- A ta ceinture, papa
- Ah oui !

Mary, la fille du shérif, est inquiète : son père est trop vieux pour une
mission aussi dangereuse. Mary essaie de le retenir, elle lui fait le plus
beau des sourires.

- Je ne risque rien ! la rassure Billy. J'ai ma griffe d'ours magique. Elle
  va me porter chance.

Et voilà le vieux chérif qui part à la poursuite du bandit. Nom d'un cactus !
Mary ne veut pas le laisser seul ! Vite elle enfourche son cheval. Et, sans
un bruit, elle le suit en cachette. A l'entrée du désert, Billy découvre une
carte à jouer par terre.

- Ha ha, Black Jack est passé par ici ! s'exclame-t-il.

Sans hésiter, le shérif s'élance au galop. Mais il fait chaud, trop chaud,
comme avant un orage. Mary frémit :

- Papa a oublié d'emporter à boire ! Il va mourir de soif sous ce soleil !

L'instant d'après, Billy fait une découverte : là-bas, au creux du sable,
une gourde est apparue comme par magie !

- Ca, c'est un coup de ma chère petite griffe ! affirme-t-il.

Cachée derrière un rocher, Mary sourit.


Chapitre 2

Tout ragaillardi, le vieux shérif remonte sur son cheval. Il repère bientôt
des traces : ce sont celles du bandit.

- Gare à toi, Black Jack ! s'écrie Billy.

Et il se met à suivre la piste. De loin, Mary le surveille. Peu après, Billy
s'arrête pour se reposer. Il ne voit pas qu'un puma rôde par là. Mary, elle,
l'a vu : il va attaquer son papa ! D'un coup de lasso, Mary capture le
fauve illico ! Billy sursaute :

- Hein ? On dirait que quelque chose a remué... Non, j'ai dû rêver.

Le shérif reprend sa route. Il atteint une rivière déchainée.

- Zut, le pont est cassé, constate-t-il. Tant pis, je traverse à la nage !

Du haut de la colline, Mary s'affole :

- Il va se noyer ! Vite, une idée !

Ho hisse ! Elle pousse un tronc d'arbre, qui roule, qui roule... et finit sa
course en travers de la rivière. Billy n'en croit pas ses yeux :

- Comme la magie de ma griffe est puissante ! Voilà un pont parfait !

Et il repart sur la piste du bandit. Le ciel est noir, un vrai ciel d'orage.
Soudain, le vieux shérif aperçoit une cabane. Les sens aux aguets, il
s'immobilise :

- Le repaire de Black Jack !

Il descend de cheval et, à pas de sioux, il s'approche de la cabane. Mary
veut le suivre, mais un serpent à sonnette lui barre le chemin ! Mary n'a
peur de rien ... sauf des serpents à sonnette.

- Papa ! A l'aide ! hurle-t-elle.
- Nom d'un coyote ! Mary ? Toi, ici ?

Le vieil homme se précipite. Sa fille est en danger ! Pan pan ! Il tire
sur le serpent. Ouf ! Mary est sauvée. Elle se jette dans les bras de son
papa.


Chapitre 3

 Mais tout ce chahut a alerté Black Jack. Le bandit pointe son fusil par
la fenêtre de sa cabane :

- Les mains en l'air, vous deux !

Billy et Mary obéissent sagement. Le vieux shérif chuchote à Mary :

- Ne t'en fais pas, ma griffe magique va nous aider !

A cet instant, l'orage éclate et la foudre s'abat sur la cabane. Sous le choc,
Black Jack est projeté au dehors. Le voici assommé. Quel chance ! Mary
n'en revient pas. Billy n'est pas surpris :

- Depuis le début, ma griffe m'a protégé. Mais dis-moi, que faisais-tu
  par là ?
- Moi ? Euh ... je chassais le puma.

De retour à Lilly City avec son prisonnier, le vieux shérif est acclamé.
A ses côtés, Mary trottine, à la fois fière et soulagée :

- Et si tu prenais ta retraite, papa ? Tu pourrais te reposer.
- Surement pas. J'ai encore trop de hors-la-loi à capturer !


Sur la piste du bandit (Pascal Hédelin - Milan poche)

dimanche 6 novembre 2016

Souris grise et souriceau



Une souris grise repasse ses chemises

Un jeune souriceau recoud son chapeau

Un rat d'opéra reprise ses bas

Une souricette lave ses chaussettes

Un petit rat d'hôtel fixe ses bretelles

Une souris des champs astique ses gants

Un joli raton met son pantalon

Une souris blanche retrousse ses manches

Un beau rat musqué lace ses souliers

Une jeune rate renoue sa cravate

Mais un vieux rat d'égout ne fait rien du tout.


Souris grise et souriceau (Jean-Pierre Vallotton - Petits Poèmes pour tous les jours - Nathan)