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samedi 14 avril 2012

La légende de l'ours blanc

Ours blanc vivait avec ours noir. Renard
s'amusait à leur jouer de vilains tours si
bien qu'un beau jour, Ours blanc lui
arracha l'épaule. Il suspendit l'épaule de
renard au plafond de sa tanière à côté
d'un collier de griffes. Renard avait très
mal, il se traînait et ne pouvait plus chasser.

Il languissait chez lui, très affaibli. Il décida de se plaindre à corbeau de son triste sort et lui demanda de faire quelque chose pour lui. Ours blanc était alors devenu vieux et avait des rhumatismes. Le plus souvent, il somnolait dans la tanière, au côté d'ours noir.

Un jour corbeau vint lui rendre visite et
engagea la conversation. Tout en
devisant, il aperçut l'épaule de renard
pendue au plafond, à côté du collier de
griffes. Habille en paroles, corbeau
détourna l'attention d'ours blanc, qui somnolait de plus en plus, puis il décrocha prestement l'épaule de renard et se sauva avec sans éveiller l'attention d'ours blanc.

A son réveil, ours blanc s'aperçut de la
disparition de l'épaule de renard et
demanda à ours noir ce qui avait bien
pu se passer. Mais ours noir, qui était
bègue, mit tellement de temps à
expliquer à ours blanc que corbeau
s'était emparé de l'épaule, que, lorsqu'il
eut terminé, il était bien trop tard pour rattraper le voleur.

Ours blanc entra alors dans une terrible colère. Il chassa ours noir, lui disant qu'il n'avait qu'à trouver une autre demeure. Puis il sortit et décrocha le soleil qu'il pendit au plafond de sa tanière, à côté du collier de griffes.

Ce fut alors la nuit dans toute la contrée. Tous les animaux se lamentaient. Ils
ne pouvaient plus chasser, ils allaient mourir de faim. Eux aussi vinrent se
plaindre à corbeau, le suppliant de faire
quelque chose. Or ours blanc avait une
fille. Un jour, tout en buvant, elle vit,
mais trop tard, un grain noir dans son
bol. Elle l'avala avec l'eau, et bientôt
elle eut un petit enfant dans son ventre.
Elle le mit au monde et il grandit très vite.

Dans la tanière d'ours blanc, l'enfant voyait le soleil accroché au plafond et il le demandait pour jouer. Ours blanc refusait. Le petit insista tant qu'un jour, il put enfin jouer avec le soleil dans la tanière. Bientôt, il demanda à sortir. Il essuya un refus catégorique. Mais après maintes discussions, il put sortir avec le soleil à deux conditions : celle de rentrer immédiatement dès la venue d'un visiteur, et surtout celle de ne pas oublier le soleil dehors.

Mais dès que le petit sortit, il s'empressa de
jeter le soleil dans le ciel. Le petit n'était
autre que corbeau déguisé... Quand ours
blanc s'en rendit compte, il entra dans une
colère encore plus terrible que la première
fois et chassa tout le monde de la contrée.

C'est la raison pour laquelle, depuis ce
temps-là, ours blanc vit tout seul et est 
devenu si féroce envers tous les animaux et les hommes. 

Le singe et le renard

Le singe fut élu roi par d'autre animaux parce
qu'il était habile et sautait le plus haut. Le
renard, dépité, chercha une vengeance.
Découvrant un appât caché sous un filet, il
prétendit avoir mis au jour un trésor :

- C'est à vous que revient ce morceaux de
   choix, dit-il au singe, car vous êtes notre roi !

Le singe s'approcha pour saisir son dû et fut aussitôt pris au piège. Le renard alors triompha :

- Vous prétendez nous diriger et je vous fais
   tomber dans une trappe à gibier !
   Êtes-vous bien celui qu'il nous faut comme 
   roi des animaux ?

lundi 9 avril 2012

La grenouille et le génie de la pluie

Le dragon Mua, génie de la pluie, vivait
dans une profonde caverne. L'empereur
du ciel lui avait confié la tâche d'arroser
la terre : dès que le niveau des fleuves et
des rivières baissait, le dragon devait
sortir de sa grotte pour avaler la mer et
recracher l'eau sous forme de pluie
partout sur la terre.

Mais Mua était un dragon capricieux, et surtout très paresseux; il lui
arrivait de recracher toute l'eau avalée sur une seule région, provoquant
ainsi des inondations. Plus grave encore, il paressait dans sa caverne des
semaines durant, et la sécheresse devenait épouvantable dans le monde
entier.

Un jour, alors que tous les animaux s'étaient résignés à mourir de soif, la
grenouille se rebiffa. Elle partit se plaindre auprès de l'Empereur du ciel
des négligences du génie de la pluie. Chemin faisant, elle rencontra le
crabe, le renard, l'ours, le tigre et l'abeille.

- Accompagnez-moi, les amis, leur dit-elle. L'union fait la force. Plus nous
   serons nombreux, plus nous aurons de chances d'être entendus.

Ils arrivèrent aux portes du palais. Là se trouvait un grand tambour.
Quiconque s'estimait victime d'une injustice avait le droit de s'en servir. La
grenouille donna ses instructions :

- Avant que je ne frappe le tambour, il serait
   plus prudent que vous alliez vous cacher,
   au cas où...

Le crabe trouva une petite mare, l'ours, le tigre
et le renard se dissimulèrent derrière de gros
piliers, et l'abeille se faufila sous le tapis
d'entrée. Alors, et alors seulement, la grenouille
frappa le tambour céleste. La grenouille avait
vu juste : l'Empereur du ciel et sa suite étaient partis
en voyage. Seul le dragon Mua, génie de la pluie, paressait dans sa grotte.

- Qui ose ainsi troubler mon repos ? gronda le dragon.
- C'est la grenouille, car tu ne fais pas ton travail. Je suis venue m'en plaindre
   auprès de ton maître, l'Empereur du ciel.
- Insolent, tu me crèves les tympans, tais-toi donc !

Mais la grenouille frappa de nouveau, et de toutes ses forces, pour que le maître
du ciel revienne dans son palais. furieux, le dragon Mua fit venir le coq céleste. Il
lui ordonna de becqueter la grenouille effrontée jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Aussitôt, le renard accourut de derrière le pilier et arracha la queue du coq.

Le dragon, furieux, envoya le chien céleste mordre la grenouille, mais au signal
de celle-ci, l'ours sortit de sa cachette pour griffer et assommer le chien. La
grenouille profita de ce répit pour enfler et tambouriner, encore et encore.

- Garde, va lui régler son compte ! hurla
   le dragon, déchaîné.

Le garde obéit sur-le-champ : il se transforma
en serpent. Or, tandis qu'il rampait vers la
grenouille, l'abeille surgit du tapis et le piqua
à l'oeil. Le serpent siffla si fort de douleur que
les piliers célestes tremblèrent. Il rampa jusqu'à la mare, où le crabe le pinça de toutes parts.

Enfin le serpent ondula péniblement jusqu'au palais où l'ours et le tigre se jetèrent
sur lui pour le déchiqueter. La grenouille continuait à enfler et frappait le tambour
si fort que l'Empereur du ciel l'entendit à l'autre bout du monde. Il rentra dare-dare
au palais avec toute son escorte.

- Que se passe-t-il donc ici ? Qui endure une injustice à ce point insupportable ?
- Pardonne-moi, maître du ciel, pour tout ce vacarme, dit le grenouille. C'est moi
   qui ai tambouriné pour t'avertir.

Et n'écoutant que son courage, elle exposa la situation. Le dragon Mua fut
convoqué par l'Empereur du ciel :

- Redescends immédiatement sur la terre et veille à bien l'arroser, sinon ...

Le génie de la pluie s'en fut, tout penaud, et se remit à la tâche. Se tournant vers la
grenouille, le maître du ciel lui dit :

- Si Mua commet d'autres négligences, plutôt
   que de venir semer la panique dans mon
   palais, contente-toi de coasser le plus fort
   possible, il comprendra...

La grenouille promit et s'en retourna chez elle
avec ses amis. Encore aujourd'hui, quand il fait trop sec sur la terre, toutes les grenouilles coassent pour que Mua, le génie de la pluie, ami de la paresse, n'oublie pas sa promesse... Voilà pourquoi ces vaillantes demoiselles restent très vénérées au Vietnam.

Le rossignol et la vigne

On raconte que jadis le rossignol et la vigne
étaient de grands amis. Le rossignol avait
coutume de se poser sur une vrille pour
chanter; la vigne l'écoutait en pleurant
d'émotion.

Un jour, le rossignol se dépassa dans son art;
il chantait avec un tel entrain que la vigne,
exaltée, se mit soudain à pousser, de plus en plus vite.

Le chanteur ne se rendit pas compte du danger. Il chantait, en oubliant
le monde entier; et la vigne, baignéée de larmes, le ligotait de plus en
plus fort avec ses jeunes pousses d'un vert luisant.

A l'aube, le rossignol, épuisé, revint à lui et
voulut s'en aller, mais il ne réussit pas à
s'arracher à la vrille qui le tenait prisonnier.
Grande fut sa frayeur. En agitant ses petites
ailes, il s'efforçait de rompre le filet vert
dont il avait hâté la croissance par son chant
et qui à présent entravait ses mouvements.
Il 'y parvint pas.

Après une longue agonie, le malheureux
chanteur rendit l'âme. Depuis ce jour,
ses descendants détestent la vigne et les vignobles et évitent de s'en approcher.

Le bûcheron et sa hache

Un bûcheron travaillant au bord de la rivière y laissa
tomber sa hache. Un dieu l'apprit et eut pitié de lui.
Il plongea dans l'eau et en sortit une hache d'or. Le
bûcheron la refusa. Il plongea à nouveau et remonta
une hache d'argent. L'homme le refusa encore. Le
dieu fît une troisième tentative et rapporta la hache
du bûcheron, qui l'accepta.

En gage de son honnêteté, le
dieu les lui offrit toutes les
trois. Le bûcheron raconta
l'histoire à ses amis et l'un deux voulut tenter l'aventure. Il vint au bord de la rivière, y jeta sa hache, et attendit. La
même chose se produisit. Mais quand le dieu lui présenta la
hache d'or, le menteur prétendit que c'était bien à lui.

En punition de son mensonge, il ne reçut ni l'une ni l'autre. 
Les dieux sont favorables aux gens honnêtes, mais hostiles
aux menteurs.

Les treize mouches



Il y avait, autrefois, un tisserand fainéant comme un chien. Jamais on
n'entendait le bruit de son métier. Pourtant, le tisserand n'avait pas son
pareil pour tisser et pour remettre, au jour marqué, autant de belle et
fine toile que ses pratiques lui en avaient commandé. Jamais il ne
bêchait son jardin. Jamais il ne labourait son champ. Jamais il ne
travaillait sa vigne. Pourtant, il y récoltait treize fois plus que ses voisins.

La femme du tisserand ne pouvait s'imaginer comment cela pouvait se
faire. Au bout de sept ans de mariage elle n'en savait pas plus que le
premier jour. Un matin, le tisserand dit en se levant :

- Femme, j'ai besoin d'aller à la foire. Tu garderas la maison jusqu'à ce
   que je sois revenu.
- Mon homme, sois tranquille. La maison sera bien gardée.

Le tisserand partit. Sa femme le suivait doucement, doucement, en se
cachant derrière les arbres et les haies. Arrivé au milieu d'un petit bois,
son mari tira quelque chose de sa poche, le cacha au pied d'un genévrier,
et repartit. Cinq minutes après la femme avait trouvé la chose cachée.

C'était une noix, grosse comme un oeuf de dinde, d'où l'on entendait
crier :

- Brrr. Ouvre-moi. Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Ouvre la noix.

Enfin, la femme ouvrit la noix. Treize mouches se mirent à voler par la
chambre.

- Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Où est l'ouvrage ?

Alors la femme, épouvantée, commanda :

- Mouches, rentrez toutes dans la noix.

Les treize mouches rentrèrent aussitôt dans la noix. Mais toujours elles
criaient :

- Brrr. Ouvre la noix. Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Ouvre la noix.

La femme, impatientée, alla remettre la noix au pied du genévrier où le
tisserand l'avait cachée. Le soir, quand il fut de retour, elle lui dit, en
mangeant la soupe :

- Mon homme, je connais maintenant les ouvrières qui travaillent à ta place.
   Ce sont treize mouches que tu tiens prisonnières dans une noix grosse comme
   un oeuf de dinde.
- Femme, tu as dit la vérité. Puisque tu connais mes ouvrières, commande-leur
   tout ce que tu voudras. Elles t'obeiront comme à moi-même.

A partir de ce jour, la femme du tisserand n'eut plus qu'à se croiser les bras. Quel
que fût le travail, les treize mouches l'avaient fait en un moment. Aussitôt, elles
rentraient dans la noix, que la femme tenait cachée sous son coussin. Mais alors,
elles criaient :

- Brrr. Ouvre la noix. Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Ouvre la noix.

A ce bruit, la femme perdait souvent patience. Dans sa colère, elle commandait aux
treize mouches les choses les plus difficiles. Mais, quel que fût le travail, elles
l'avaient fait en un moment. Aussitôt, elles rentraient dans la noix que la femme
tenait cachée sous son coussin. Mais alors, elles criaient :
 
- Brrr. Ouvre la noix. Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Ouvre la noix.
 
Un  jour, la femme ne put plus y tenir. Elle ouvrit la noix, en criant :

- Mouches, voici six cibles, six tamis, et une barrique défoncée de chaque bout.
   Volez jusqu'à Gers, et rapportez ici toute l'eau de la rivière.

En un moment, le Gers était à sec, et tout le pays Mounet-du-Hours dans l'eau.
Aussitôt, les treize mouches rentrèrent dans la noix que la femme tenait cachée
sous son coussin, et toujours elles criaient :

- Brrr. Ouvre la noix. Brrr. Où est l'ouvrage ? Brrr. Ouvre la noix.
- Mon homme, ces mouches-là me feraient perdre la tête. Renvoyons-les.
- Femme, tu vas avoir contentement. Mouches, partez. Voici treize corbeaux, treize
   corbeaux qui volent là-bas, là-bas, vers la forêt du Ramier. Prenez-les en
   paiement de vos peines.

Les treize mouches s'envolèrent, emportant les treize corbeaux. Depuis lors,
l'homme et sa femme ne les revirent jamais, jamais.

samedi 7 avril 2012

Gâteaux de riz ou grenouilles ?

Jadis, au Japon, une vieille femme vivait avec sa
belle-fille, qu'elle détestait. La vieille ne lui donnait
jamais à manger et gardait tout pour elle. Un jour
qu'elle était seule à la maison, une voisine lui apporta
des gâteaux à la pâte de haricot rouge. Comme
d'habitude, la vieille s'empiffra en cachette. Obligée
de sortir faire une course, elle enferma dans une boîte
laquée le reste des gâteaux et leur ordonna ceci :

- Si ma bru vous voit, prenez la forme de grenouilles,
   et si c'est moi, redevenez gâteaux !

Puis elle déposa la boîte près de la niche du
Bouddha et s'en alla. Mais la bru, rentrée
plus tôt que de coutume, avait entendu les
paroles de la vieille. Affamée, elle ouvrit la
boîte et se régala des gâteaux. A leur place,
elle enferma de vraies grenouilles... Et fit
mine de rien au retour de sa belle-mère.

Celle-ci,
heureuse à l'idée de déguster les derniers gâteaux, attendit que la jeune femme ait le dos tourné pour ouvrir la boîte... En sortirent de véritables grenouilles qui lui sautèrent à la figure. La vieille s'enfuit en courant :

- Imbéciles, vous vous trompez, c'est moi, je ne suis pas ma bru, laissez-moi tranquille !

Les grenouilles la poursuivirent jusqu'à la mare voisine.